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Projet EAT : À Badagry, Béninois et Nigérians cherchent les clés d’un commerce transfrontalier plus sûr et plus équitable

Par Super Admin

Projet EAT : À Badagry, Béninois et Nigérians cherchent les clés d’un commerce transfrontalier plus sûr et plus équitable

Après les échanges institutionnels tenus à Lagos, la mission du Projet EAT s’est poursuivie le 22 septembre 2026 à Badagry avec une rencontre de proximité réunissant institutions, commerçants et organisations d’agriculteurs des deux pays. Au cœur des discussions : la qualité des produits, la sécurisation des transactions et la recherche de mécanismes commerciaux plus transparents entre acteurs béninois et nigérians.

Au lendemain des échanges engagés à Lagos avec la Nigeria Association of Chambers of Commerce, Industry, Mines and Agriculture (NACCIMA), la délégation béninoise du Projet EAT, financé par la GIZ et mis en œuvre par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCI Bénin), a poursuivi sa mission à Badagry.

Cette nouvelle étape a pris une dimension particulièrement concrète. Elle a réuni, à l’Hôtel Star Rise de Badagry, les représentants de la CCI Bénin et de la Badagry Chamber of Commerce, Industry, Mines and Agriculture (BACCIMA), les structures techniques béninoises présentes dans la délégation ainsi que des commerçants et représentants d’associations d’agriculteurs des deux pays.

La séance a été conduite par M. Abiola Hamid, Directeur des Programmes de la BACCIMA, dont la chambre joue un rôle important dans la mise en relation des acteurs économiques sur le corridor Bénin–Nigéria. La BACCIMA se présente notamment comme une structure œuvrant à la facilitation des échanges et à la mise en relation des entreprises le long de l’axe de Badagry.

Du dialogue institutionnel à la réalité du terrain

Une dizaine de commerçants nigérians et une dizaine de commerçants béninois ont pris part aux échanges, aux côtés de représentants d’associations d’agriculteurs des deux pays.

Côté béninois, la présence du Secrétaire exécutif de la Coopérative des Commerçantes d’Ananas du Bénin (CCAB) et du Président de la Fédération Nationale des Commerçants des produits Maraîchers du Bénin (FNCProMa) a permis de porter dans les discussions la voix d’acteurs directement engagés dans la commercialisation des produits agricoles.

Cette participation des opérateurs de terrain a donné un relief particulier à la rencontre. Car derrière les questions de normes, de procédures ou de corridors commerciaux se trouvent des réalités très concrètes : trouver un acheteur fiable, convenir d’un prix, respecter les délais de livraison, préserver la qualité des produits pendant le transport et, surtout, sécuriser la transaction pour les deux parties.

L’objectif n’était donc pas seulement de parler du commerce transfrontalier, mais de faire dialoguer ceux qui l’organisent, ceux qui l'encadrent et ceux qui le pratiquent au quotidien.

Rassurer sur la qualité des produits béninois

Les interventions des trois structures techniques béninoises ont constitué un moment important de la rencontre.

À travers son Directeur Général M. Kisito CHABI SIKA, l’Agence Béninoise de Sécurité Sanitaire des Aliments (ABSSA) a apporté des éléments de nature à rassurer les interlocuteurs nigérians sur l’attention accordée au Bénin à la sécurité sanitaire et à la conformité des denrées alimentaires. L’enjeu est essentiel : pour qu’un produit agricole puisse franchir une frontière et accéder à un nouveau marché, sa qualité ne doit pas seulement être appréciée au moment de la vente. Elle doit être garantie tout au long de la chaîne, depuis la production jusqu’à la commercialisation. Cela implique notamment une vigilance sur les conditions de production, de manipulation, de conservation, de transport et de mise sur le marché.

Dans le contexte des échanges avec le Nigéria, cette approche prend une importance particulière, les autorités nigérianes appliquant des exigences réglementaires aux produits alimentaires importés. La NAFDAC dispose notamment de procédures relatives à l’enregistrement, à la conformité et au contrôle des produits alimentaires importés.

La présence de l’ABSSA permet ainsi d’établir un dialogue autour d’un principe simple : faciliter le commerce ne signifie pas affaiblir les exigences de qualité et de sécurité sanitaire, mais permettre aux opérateurs de mieux les connaître et de mieux les respecter.

La production végétale au cœur de la confiance

La Direction de la Production végétale (DPV) du Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP) a, pour sa part, apporté un éclairage sur les dispositions prises au niveau de la production végétale. Ses missions couvrent notamment la qualité et le conditionnement des produits agricoles d’origine végétale ainsi que le suivi de la politique phytosanitaire nationale.

Dans les échanges avec la partie nigériane, cette dimension permet de mettre en évidence l’importance de la qualité dès l’amont de la chaîne. La conformité d’un produit destiné au marché nigérian commence en effet bien avant son arrivée au poste frontalier : elle se construit dans les exploitations agricoles, dans les pratiques de production, dans la gestion phytosanitaire et dans les conditions de récolte, de tri, de conditionnement et de transport.

Pour les acteurs nigérians présents dans la salle, ces explications ont contribué à mieux comprendre les dispositions prises du côté béninois et à identifier les points sur lesquels les deux pays pourraient davantage harmoniser leurs échanges d’informations.

Le commerce extérieur appelé à sécuriser davantage les transactions

Le représentant du Ministère du Tourisme et du Commerce extérieur, chargé de l’Industrie et de la Promotion de l’Investissement privé a, quant à lui, replacé les échanges dans la perspective plus large de la facilitation du commerce.

Au-delà de la qualité du produit, la réussite d’une transaction transfrontalière dépend également de la clarté des engagements entre vendeur et acheteur : nature et quantité des produits, qualité attendue, prix convenu, lieu de livraison, délais, modalités de paiement et responsabilités de chacune des parties.

Cette approche rejoint l’un des principaux enseignements de la rencontre : la sécurisation du commerce transfrontalier passe aussi par une meilleure formalisation des relations commerciales entre les acteurs.

Quand les réalités du terrain font émerger les difficultés

Après ces différentes interventions, les échanges ont pris une tournure plus directe. Pendant plusieurs heures, commerçants béninois et nigérians ont confronté leurs expériences et évoqué les difficultés qui peuvent apparaître au cours des transactions.

Parmi les préoccupations susceptibles d’affecter les échanges figurent notamment les incompréhensions sur la qualité et les volumes livrés, les variations de prix, les modalités de paiement, les difficultés liées au transport et à la livraison, mais aussi l’absence d’accords suffisamment clairs entre vendeurs et acheteurs.

Un autre sujet a particulièrement retenu l’attention : la vente directe dans les champs.

Des commerçants béninois ont expliqué que certains acheteurs nigérians se rendent directement dans les zones de production pour acquérir les produits à la source, en contournant parfois les circuits commerciaux habituels. La recherche du prix le plus bas peut alors primer sur la définition préalable des conditions de la transaction.

Or, lorsque survient ultérieurement un problème de qualité, de quantité ou de conservation du produit, la responsabilité peut être difficile à établir. Des incompréhensions peuvent alors naître et certains commerçants béninois peuvent se retrouver accusés de pratiques déloyales alors même que les conditions de la transaction n’avaient pas été suffisamment clarifiées au départ.

D’où l’intérêt, relevé au cours des discussions, de mieux encadrer les relations commerciales dès le départ.

Vers des accords directs entre vendeurs et acheteurs

Parmi les pistes évoquées figure ainsi la possibilité de favoriser, en amont des transactions, des accords ou contrats directs entre les acteurs transfrontaliers.

L’idée est de permettre au vendeur et à l’acheteur de s’accorder clairement sur les caractéristiques du produit, les quantités, le prix, les modalités de livraison, le lieu de réception et les conditions de paiement.

Une telle démarche pourrait contribuer à réduire les malentendus et à donner à chacune des parties une meilleure visibilité sur ses engagements.

Dans cette perspective, l’accompagnement aux négociations apparaît également comme un levier important. Il ne s’agirait pas de se substituer aux commerçants, mais de leur permettre de mieux préparer leurs transactions, de clarifier les engagements réciproques et, lorsque cela est nécessaire, de faciliter le dialogue en cas de difficulté.

Mieux canaliser les marchés et sécuriser les acteurs

Les discussions ont également fait ressortir l’importance de mieux canaliser les marchés et les acteurs.

Pour les participants, il devient nécessaire de mieux identifier les circuits par lesquels les produits transitent, les acteurs qui interviennent dans les transactions et les espaces appropriés pour la réception et la livraison des marchandises.

Cette organisation pourrait contribuer à réduire les transactions informelles difficiles à tracer et à favoriser des relations commerciales plus transparentes.

Dans le même esprit, l’identification des marchés de livraison appropriés constitue une piste particulièrement intéressante. Il s’agit de sensibiliser les commerçants sur les lieux où les marchandises peuvent être livrées et réceptionnées dans des conditions plus sûres et plus avantageuses pour les deux parties.

L’enjeu est double : sécuriser la transaction et réduire les risques de litiges après la livraison.

Une approche fondée sur la confiance entre les acteurs

Au fil des échanges, une conviction commune semble ainsi se dégager : la fluidité du commerce transfrontalier ne repose pas uniquement sur la suppression des obstacles administratifs. Elle dépend également de la confiance entre les opérateurs, de la qualité des produits, de la transparence des transactions et de la connaissance des marchés.

C’est précisément sur ces différents leviers que le Projet EAT entend agir, en rapprochant les acteurs et en créant des espaces où les difficultés peuvent être exposées directement, mais surtout où des solutions peuvent être recherchées collectivement.

La rencontre de Badagry aura ainsi permis de passer des considérations générales aux réalités quotidiennes du commerce. Béninois et Nigérians ont pu se parler, confronter leurs expériences et dégager des pistes susceptibles de rendre leurs transactions plus sûres, plus transparentes et plus prévisibles.

Après Lagos, Badagry affirme ainsi clairement sa volonté de poursuivre le dialogue au plus près des acteurs et des corridors commerciaux. Une dynamique qui devrait trouver une nouvelle traduction dans les prochaines étapes de la mission, notamment à Sèmè-Kraké, avec la mise en place du cadre bilatéral appelé à accompagner le suivi du commerce transfrontalier entre le Bénin et le Nigéria.

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