
Projet EAT : À Sèmè-Kraké, les recommandations issues des échanges entre acteurs béninois et nigérians prennent le relais
Après Lagos et Badagry, la mission conduite dans le cadre du Projet EAT s’est poursuivie, le 23 septembre 2026, à Sèmè-Kraké, avec une séance consacrée à la restitution des échanges engagés entre les acteurs du commerce transfrontalier béninois et nigérians. Une rencontre au cours de laquelle les recommandations issues des travaux des deux précédentes journées ont été présentées aux différents acteurs réunis au Poste juxtaposé de Contrôle de Sèmè-Kraké.
La séquence de Sèmè-Kraké est venue donner une suite concrète aux rencontres tenues les 21 et 22 septembre à Lagos et à Badagry. Après les échanges avec les organisations consulaires, les institutions techniques et les opérateurs économiques des deux pays, l’heure était à la mise en commun des principaux enseignements tirés de ces rencontres et à la présentation des recommandations formulées pour améliorer les conditions du commerce transfrontalier entre le Bénin et le Nigéria.
La rencontre a réuni une forte mobilisation d’acteurs des deux pays, notamment des commerçants intervenant dans le commerce des produits agricoles. Aux côtés de ces opérateurs directement confrontés aux réalités du corridor, plusieurs responsables et représentants institutionnels ont pris part aux échanges.
Les autorités donnent le ton
À l’ouverture de la séance, les interventions des représentants des administrations douanières béninoise et nigériane ont permis de rappeler l’importance du dialogue entre les différents acteurs intervenant sur le corridor Sèmè-Kraké.
Le Receveur des Douanes de Kraké côté béninois, ainsi que son homologue représentant le Receveur des Douanes côté nigérian, ont ainsi pris part à cette séquence d’échanges placée sous le signe de la concertation. Leur présence a notamment traduit la volonté de maintenir un dialogue de proximité avec les opérateurs qui vivent quotidiennement les réalités du commerce transfrontalier.
Prenant la parole au nom du Président de la CCI Bénin, M. Alfred HOUNDEGLA, Coordonnateur de la Région économique de Porto-Novo, a pour sa part inscrit cette rencontre dans la mission de proximité de l'institution consulaire auprès des entreprises et des acteurs économiques. Dans le prolongement des échanges engagés à Lagos et à Badagry, la démarche consiste à rapprocher les préoccupations exprimées par les opérateurs des réponses pouvant être apportées par les institutions et organisations qui les accompagnent.
Du côté nigérian, Alhaji Yahaya Oladiran Idris, Président de la BACCIMA et Vice-Président de la NACCIMA chargé des relations internationales, a également pris part à cette étape de la mission. Sa présence a conforté la dynamique de coopération engagée avec la partie béninoise autour de l’amélioration des relations commerciales entre les opérateurs des deux pays.
La rencontre a également enregistré la participation de M. Aminou Kolawole AKADIRI, Directeur exécutif de la Fédération des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’Afrique de l’Ouest (FEWACCI), représentant le Président de la Fédération. Une participation qui inscrit les échanges dans une perspective de coopération économique dépassant les seuls acteurs du corridor bénino-nigérian.
Des recommandations directement issues du terrain
Le principal temps fort de cette rencontre aura été la présentation des recommandations résultant des discussions menées les 21 et 22 septembre avec les acteurs béninois et nigérians.
Ces recommandations partent d’un constat simple : pour rendre les échanges transfrontaliers plus fluides et plus sécurisés, les relations entre les opérateurs doivent davantage reposer sur des mécanismes formels, une meilleure identification des acteurs et une plus grande responsabilisation de chacun.
Sur ce point, les échanges ont notamment fait ressortir la nécessité de formaliser les relations commerciales par des contrats écrits, précisant clairement les conditions de collaboration et les obligations des différentes parties. Le document de recommandations envisage également la formalisation des relations entre vendeurs et acheteurs, mais aussi entre vendeurs et transporteurs, sous l’accompagnement des chambres consulaires, notamment la CCI Bénin et la NACCIMA.
La question de l’identification des opérateurs constitue un autre axe important. La recommandation porte sur l’établissement d’une liste des vendeurs béninois et des acheteurs nigérians intervenant sur les produits concernés par le Projet EAT. Les organisations professionnelles et interprofessions sont par ailleurs appelées à veiller à la qualité de leurs membres afin de faciliter la traçabilité des opérations et de mieux situer les responsabilités en cas de litige.
La qualité des produits au cœur des préoccupations
Les discussions ont également mis en lumière les préoccupations liées à la qualité des produits acheminés d’un pays à l’autre.
Pour y répondre, les recommandations préconisent un renforcement des contrôles de qualité depuis les zones de production jusqu’à la frontière, notamment à travers les certificats requis. Elles insistent également sur la nécessité de sensibiliser davantage les producteurs, commerçants et transporteurs aux bonnes conditions de récolte, de manipulation, de stockage, de chargement, de transport et de déchargement des produits, afin de limiter les pertes et les avaries.
La tenue régulière de rencontres d’échanges entre les organisations professionnelles des deux pays figure également parmi les pistes retenues, sous le leadership des chambres consulaires. L’objectif est de maintenir un cadre de dialogue permettant aux acteurs de partager leurs expériences et de rechercher collectivement des réponses aux difficultés rencontrées.
Paiements et marchés de destination : deux autres enjeux
Les échanges ont également abordé la question des paiements. Pour les opérateurs des fruits et légumes, les modes de paiement actuellement utilisés, aussi bien en espèces que par voie digitale, semblent globalement adaptés au volume des transactions. La fluctuation du naira constitue toutefois une préoccupation pour les acteurs intervenant dans les produits agricoles transformés.
Face à cette situation, les recommandations préconisent de rechercher des modalités de paiement plus favorables aux acteurs et d'envisager, pour certaines transactions, des contrats libellés en dollar ou en euro.
Autre point relevé : la méconnaissance, par certains opérateurs béninois, des marchés de destination de leurs produits. Le document recommande ainsi de mieux identifier les marchés de livraison et d’intégrer cette dimension dans l’établissement de la liste des vendeurs et acheteurs des deux pays.
De Lagos à Sèmè-Kraké, une même dynamique
La séance de Sèmè-Kraké a ainsi constitué le prolongement naturel des travaux engagés à Lagos puis à Badagry. En trois jours, la mission aura permis de rapprocher les organisations consulaires, les administrations techniques et douanières, les organisations professionnelles et surtout les commerçants des deux pays autour des réalités concrètes du commerce transfrontalier.
À Lagos, les échanges ont permis d’engager le dialogue avec les organisations consulaires et les institutions nigérianes. À Badagry, les opérateurs économiques ont davantage fait entendre leur expérience du terrain. À Sèmè-Kraké, les enseignements tirés de ces échanges ont été restitués sous forme de recommandations destinées à guider les prochaines actions.
Cette démarche donne ainsi toute sa portée à l’intervention du Projet EAT, financé par la GIZ et mis en œuvre par la CCI Bénin : partir des réalités vécues par les acteurs, favoriser le dialogue entre les deux pays et faire émerger des pistes d’action concrètes pour rendre les échanges commerciaux plus organisés, plus lisibles et plus sécurisés.
La séance de Sèmè-Kraké n’a donc pas constitué l’aboutissement de la démarche. Elle aura plutôt marqué une nouvelle étape : celle du passage des constats et des échanges aux recommandations, avec la responsabilité désormais partagée par les différents acteurs de donner une suite concrète aux pistes ainsi dégagées.



